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25/11/2008

Le marché discographique ivoirien malade

Piraterie.jpg"Pardonnez, achetez nos casettes, hééé pardonnez" suppliait l'artiste ivoirien, Kedjevara DJ à la fin de son morceaux "Tchoucou tchoucou" (2008). Cela peut paraitre surprenant venant de lui, car son morceaux est sans doute parmis les dix plus écoutées du coupé-décalé en Côte d'Ivoire depuis quelques mois, et il ne se passe pas une soirée ivoirienne dans le monde (boîte de nuit, cabaret, maquis, mariage...) sans son morceaux. Kedjevara est par ailleurs co-propriétaire d'une structure de production apellé "18 Avril production". Cela témoigne d'un malaise dans le domaine de l'industrie musicale en Côte d'Ivoire. Ce n'est pas la créativité qui manque, ni la demande, mais la présence d'un virus apellé la piraterie pratiqué par de jeunes étudiants en prois au chômage.

Pourquoi les artistes se plaignent depuis longtemps de ne pouvoir vivre de leur oeuvre ? Du zouglou au coupé-décalé en passant par le rap, les artistes chanteurs ivoiriens n'y échappent pas, triste réalité. Un fléau qui s'est aggravé depuis le début de la crise ivoirienne et le developpement des technologies en Côte d'Ivoire. Pourtant, depuis 2003 le taux de créativité s'est multiplié dans le domaine avec l'arrivée du coupé-décalé, la révélation de centains DJ et de concepts, du Fuka-Fuka à la Shamakuana en passant par la fatigué-fatigué ou le seka seka. Autant de concepts qui témoignent de la créativité, on peut citer aussi le retour de grands classics zouglou en 2007/2008 comme Petit Denis, Dezy Champion, Fitini, Les Garagistres, Yodé & Siro ou même Espoir 2000. La musique chrétienne est en pleine croissance avec des artistes tels qu' O'neil Mala, Schékina, Shammah, Victoire Kouassi ou encore Constance. Le rap aussi s'est recement fait une place dans le marché discographique ivoirien avec notament Billy Billy ou Garba 50. Mais toutes ces musiques populaires chez ces millions d'ivoiriens et milliers d'autres africains ne profitent pas aux auteurs mais à d'autres. Aujourd'hui les grands producteurs comme Showbizz deviennent plus frileuses et hésitent à produire des nouveaux talents car la piraterie à forte échelle baisse indubitablement le chiffre d'affaires des producteurs et distributeurs.

Le virus de la piraterie :

Plus un pas à Abidjan sans voir des marchants ambulants narguer et proposer sans crainte, aux passants, les oeuvres discographiques piratées. La musique se consomme à grande échelle. Mais, ce sont les pirates, tapis dans l'ombre, qui se frottent les mains. A Adjamé, en face de l'ex-cinéma Liberté, à Yopougon, Treichville, Kouassi Grand-carrefour, Plateau ou Marcory, les compilations sur Compact Disc (CD) regroupant les chansons phares des artistes en vogue se liquident à vils prix. 500 FCFA, 800 FCFA ou 1000 FCFA, au maximum, suffisent pour s'offrir une compilation d'environ 18 titres sélectionnés sur autant d'albums. "80 % des oeuvres phonographiques vendues sur le marché discographique ivoirien sont piratées", déclare avec amertume M. Messi, Directeur marketing chez ABK Distributions. Et pourtant, les maisons de distribution comme la sienne étaient, il y a environ 10 ans, accusées d'être à la base de ce trafic mafieux. Car, comment comprendre qu'un artiste comme DJ Caloudji n'ait pas dépassé les 20 000 cassettes vendues. Et pourtant, Abidjan compte plus de 50 000 maquis qui utilisent la musique pour entretenir la clientèle. "Les DJ ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ils ont tous des graveurs dans leurs cabines d'animation. Ils sont les auteurs de nombreuses compilations vendues frauduleusement sur le marché", a expliqué un homme du show-biz qui a requis l'anonymat. Et Messi ajoute : "Tout le monde sait que les cassettes piratées se fabriquent au Togo". Un contat fait par Allafrica en 2005.

La résistance de certains artistes :

Face au fléau, certains résistent. Le marché national n'étant pas juteux, des artistes profitent de leur renommée internationale pour effectuer leur marge. S'il ne falait compter que sur la Côte d'Ivoire, Tiken Jah Fakoly ou encore Alpha Blondy auraient un profit divisé par 10. Ce qui explique que certains artistes, comme Magic systèm, sont obligés de diversifier leur musique ou de faire des featurings (duo) avec des artistes Français d'origines africaines tels que Mokobé (113°) ou Passi.
D'autres talents résistent quant même au virus. Erickson le Zulu grâce à un contrat avec sa boîte de production Dobson sur l'album "Grâce à Dieu" s'est fait un bénéfice de 15 millions de F CFA sans compter les tournés et solicitations diverses. Il possède aujourd'hui villa et 4x4. Les gains de DJ Lewis avec "Grippe aviaire" s'élevent à plus de 20 millions de F CFA sans compter prestations & concerts. En 2004, au Cameroun, l`album de Dj Jacob ou celui de Soum Bill faisait parti des meilleures ventes de disque sur le plan national.

Mais pour palier au problème, le Ministère de la culture, le Bureau ivoirien du droit d'auteur (BURIDA), le collectif des producteurs et distributeurs, l'UNARTCI, la Police municipale d'Abidjan se sont engagés dans une lutte contre la piraterie. On note comme mesure l'amende de 300 000 F CFA avec incarcération pour un vendeurs de CD piratés attrapés et le prix du CD original est passé de 10.000 à 3.000 F CFA. En attendant, les fraudeurs des oeuvres de l'esprit ne lâchent pas du lest et ce fléau récalcitrant continue de gangrener l'économie en Côte d'Ivoire.

Dossier par Akwa Bahi Jean-Christophe (disponible aussi sur Koaci.com)

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